Publié : 26 août 2010
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2nde - Le costume (Arts du langage)

Document 1 : Montesquieu, Les lettres persanes.
Document 2 : Montaigne, Essais, livre I.
Document 3 : Coco, in Les Défilés, vogue.fr, article du 1er octobre 2008.
Document 4 : Brantôme, Vies des dames galantes.

Problématique 2 : De quelle manière les contemporains critiquent ils cette mode
vestimentaire ? Les goûts vestimentaires sont ils témoins de l’esprit d’une époque ?

I – Une critique du vêtement

Document 1 : Montesquieu, Les lettres persanes,

LETTRE C.
RICA A RHEDI.
A Venise.

Je trouve les caprices de la mode, chez les Français, étonnants. Ils ont oublié comment ils
étaient habillés cet été ; ils ignorent encore plus comment ils le seront cet hiver : mais surtout
on ne saurait croire combien il en coûte à un mari, pour mettre sa femme à la mode.
Que me servirait de te faire une description exacte de leur habillement et de leurs
parures ? Une mode nouvelle viendrait détruire tout mon ouvrage, comme celui de leurs
ouvriers ; et, avant que tu eusses reçu ma lettre, tout serait changé.
Une femme qui quitte Paris pour aller passer six mois à la campagne en revient aussi
antique que si elle s’y était oubliée trente ans. Le fils méconnaît le portrait de sa mère, tant
l’habit avec lequel elle est peinte lui parait étranger ; il s’imagine que c’est quelque
Américaine qui y est représentée, ou que le peintre a voulu exprimer quelqu’une de ses
fantaisies.
Quelquefois les coiffures montent insensiblement ; et une révolution les fait descendre tout
à coup. Il a été un temps que leur hauteur immense mettait le visage d’une femme au milieu
d’elle-même : dans un autre, c’était les pieds qui occupaient cette place ; les talons faisaient
un piédestal, qui les tenait en l’air. Qui pourrait le croire ? Les architectes ont été souvent
obligés de hausser, de baisser et d’élargir leurs portes, selon que les parures des femmes
exigeaient d’eux ce changement ; et les règles de leur art ont été asservies à ces fantaisies.
On voit quelquefois sur un visage une quantité prodigieuse de mouches, et elles
disparaissent toutes le lendemain. Autrefois les femmes avaient de la taille, et des dents ;
aujourd’hui il n’en est pas question. Dans cette changeante nation, quoi qu’en dise le
critique, les filles se trouvent autrement faites que leurs mères.
Il en est des manières et de la façon de vivre comme des modes : les Français changent
de mœurs selon l’âge de leur roi. Le monarque pourrait même parvenir à rendre la nation
grave, s’il l’avait entrepris. Le prince imprime le caractère de son esprit à la cour, la cour à la
ville, la ville aux provinces. L’âme du souverain est un moule qui donne la forme à toutes les
autres.

De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717.

LETTRE CXI.
RICA A ***.

Le rôle d’une jolie femme est beaucoup plus grave que l’on ne pense. Il n’y a rien de plus
sérieux que ce qui se passe le matin à sa toilette, au milieu de ses domestiques ; un général
d’armée n’emploie pas plus d’attention à placer sa droite ou son corps de réserve, qu’elle en
met à poster une mouche qui peu manquer, mais dont elle espère ou prévoit le succès.
Quelle gêne d’esprit, quelle attention, pour concilier sans cesse les intérêts de deux
rivaux, pour paraître neutre à tous les deux, pendant qu’elle est livrée à l’un et à l’autre, et se
rendre médiatrice sur tous les sujets de plainte qu’elle leur donne !
Quelle occupation pour faire venir parties de plaisir sur parties, les faire succéder et
renaître sans cesse, et prévenir tous les accidents qui pourraient les rompre !
Avec tout cela, la plus grande peine n’est pas de se divertir ; c’est de la paraître : ennuyez-les
tant que vous voudrez, elles vous le pardonneront pourvu que l’on puisse croire qu’elles
se sont bien réjouies.
Je fus, il y a quelques jours, d’un souper que des femmes firent à la campagne. Dans le
chemin elles disaient sans cesse : Au moins, il faudra bien rire et bien nous divertir.
Nous nous retrouvâmes assez mal assortis, et par conséquent assez sérieux. Il faut
avouer, dit une de ces femmes, que nous nous divertissons bien : il n’y a pas aujourd’hui
dans Paris une partie aussi gaie que la nôtre. Comme l’ennui me gagnait, une femme me
secoua, et me dit : Eh bien ! ne sommes-nous pas de bonne humeur ? Oui, lui répondis-je en
bâillant ; je crois que je crèverai à force de rire. Cependant la tristesse triomphait toujours des
réflexions ; et, quant à moi, je me sentis conduit de bâillement en bâillement dans un sommeil
léthargique, qui finit tous mes plaisirs.

De Paris, le 11 de la lune de Maharram, 1718.

Document 2 : Montaigne, Essais, livre I.

Montaigne critique vivement la mode. Il condamne « ce lourd grossissement de pourpoints,
qui nous fait tous autres que nous sommes, si incommode à s’armer », (I, XLIII). Montaigne
se moque de la mode changeante, « Quand il portait le busc de son pourpoint entre les
mamelles, il maintenait par vives raisons qu’il était en son vrai lieu ; quelques années après,
le voilà avalé (descendu) jusques entre les cuisses (…) la façon de se vêtir présente, lui fait
incontinent condamner l’ancienne. (…) Par ce que notre changement est si subit et si prompt
en cela, que l’invention de tous les tailleurs du monde ne saurait fournir assez de
nouvelletés, il est force que bien souvent les formes méprisées reviennent en crédit, et
celles-là mêmes tombent en mépris tantôt après. » (I, XLIX)

CHAPITRE XLIX
Des coustumes anciennes

J’EXCUSEROIS volontiers en nostre peuple de n’avoir autre patron et regle de perfection,
que ses propres meurs et usances : car c’est un commun vice, non du vulgaire seulement,
mais quasi de tous hommes, d’avoir leur visée et leur arrest, sur le train auquel ils sont nais.
Je suis content, quand il verra Fabritius ou Lælius, qu’il leur trouve la contenance et le port
barbare, puis qu’ils ne sont ny vestus ny façonnez à nostre mode. Mais je me plains de sa
particuliere indiscretion, de se laisser si fort piper et aveugler à l’authorité de l’usage present,
qu’il soit capable de changer d’opinion et d’advis tous les mois, s’il plaist à la coustume : et
qu’il juge si diversement de soy-mesme. Quand il portoit le busc de son pourpoint entre les
mammelles, il maintenoit par vives raisons qu’il estoit en son vray lieu : quelques années
apres le voyla avalé jusques entre les cuisses, il se moque de son autre usage, le trouve
inepte et insupportable. La façon de se vestir presente, luy fait incontinent condamner
l’ancienne, d’une resolution si grande, et d’un consentement si universel, que vous diriez que
c’est quelque espece de manie, qui luy tourneboule ainsi l’entendement. Par ce que nostre
changement est si subit et si prompt en cela, que l’invention de tous les tailleurs du monde
ne sçauroit fournir assez de nouvelletez, il est force que bien souvent les formes mesprisées
reviennent en credit, et celles là mesmes tombent en mespris tantost apres ; et qu’un mesme
jugement prenne en l’espace de quinze ou vingt ans, deux ou trois, non diverses seulement,
mais contraires opinions, d’une inconstance et légèreté incroyable. Il n’y a si fin entre nous,
qui ne se laisse embabouiner de cette contradiction, et esbloüyr tant les yeux internes, que
les externes insensiblement.

Document 3 :

Et aujourd’hui …

A l’occasion de l’été 2009, Nicolas Ghesquière se situe plus que jamais à la frontière de
l’expérimental. Sous son impulsion, la collection se déconnecte ainsi de tout vocabulaire
connu pour acquérir une dimension 100% néo-Balenciaga …
On découvre ainsi avec plaisir l’évolution des « basics », tandis que les références au
motocross affluent. C’est alors au tour du génie visionnaire de Ghesquière de prendre le
relais : mêlant techniques haute couture et nouvelles technologies, il compose des vestes
irisées surréalistes, des chaussons de bubble gum sporty ainsi que des tops finement
conceptuels découpés au laser.
Le final réjouit Ghesquière qui, observant en coulisse le déferlante de minirobes étincelantes
qui envahit alors le podium, murmure satisfait : « On dirait des panneaux solaires … ».
Tour à tour bustiers, micros ou Charleston, elles confèrent à la collection une beauté
évidente et magique.

Coco, in Les Défilés, vogue.fr, article du 1er octobre 2008.

Travail à faire :

- Quels sont les points communs et les différences entre ces textes ?
- Dans le document 2, montrez la vision donnée du créateur et de son défilé.
- A travers ces documents, relevez les mots et expressions employés pour définir la mode.
- Quel regard portez-vous sur la mode ? Est ce que vous la suivez ou restez distant par
rapport à celle-ci ?

II – Etude des mœurs et coutumes

Document 4 : Brantôme, Vies des dames galantes

Les bals

Les bals ont lieu le soir après le repas. Le roi ouvre le bal en nommant les courtisans qu’il
veut voir danser ensemble.
A l’occasion du sacre de Henri III, Catherine de Médicis nomme les danseurs :
"elle commanda et pria Monsieur de Vaudémont de prendre, pour honorer la feste, Madame
la Princesse de Condé la douairière pour danser ; ce qu’il fit pour lui obéir, et la mena le
grand bal : ceux qui estoient au sacre comme moy l’ont veu, et s’en pourront bien souvenir".
Henri III fait-il danser une jeune femme qu’il suppose enceinte pour vérifier si elle l’est
vraiment :
"Toutesfois, sans faire plus grand bruit ny scandale, le soir du bal, la voulust mener dancer le
bransle de la torche ; et puis la fit mener dancer à un autre la gaillarde et les autres bransles,
là où monstra sa disposition et dextérité mieux que jamais, avec sa taille qui estoit très-belle
et qu’elle accommodoit si bien ce jour-là, qu’il n’y avoit aucune apparence de grossesse : de
sorte que le Roy, qui avoit jetté ses yeux tousjours fort fixement sur elle ne s’en apperceut
non plus que si elle ne fust esté grosse …"

Exemple : Le branle
Cette danse collective remonte au Moyen Age et permet au jeune homme de choisir la
personne de son choix.

- Description selon Thoinot Arbeau :
"Celuy qui veut le dancer prend un chandelier avec la chandelle allumée, ou une torche ou
un flambeau, et en dançant et marchant en avant un tour ou deux par la salle, regardant çà
et là celle qu’il veut mener, la choisit telle que bon luy semble, et dancent par ensemble
quelque petit espace de temps, et en fin la colloque et laisse seulle au bout de la salle, et
faisant la reverence luy donne en main le chandelier, torche ou flambeau, et en dançant se
retire en sa place. La damoiselle tenant le chandelier, faict comme elle a veu faire au jeune
homme, et en dançant, en va choisir quelque autre, auquel en fin aprez l’avoir mis en sa
place, elle donne le chandelier et ainsi consequemment s’appellent a ceste dance les uns les
autres."

- Description selon Brantôme :
"… cette Reyne n’avoit point de besoing, comme les autres Dames, du flambeau qu’elle
tenoit en la main ; car celluy qui sortoit de ses beaux yeux, qui ne mouroit point comme
l’autre, (P. 4) pouvoit suffire, ayant autre vertu que de mener danser les hommes, puisqu’il
pouvoit embrazer tous ceux de la salle…" .

- Sonnet à Isabelle de Limeuil :
"Voyant au bal, où l’on se prend et laisse
D’un grave pas l’un l’autre conduisant
En vostre main ce flambeau reluysant
Vous me semblez l’amoureuse Déesse"

Exemple : La volte
dans cette chorégraphie, la danseuse dévoile sa jambe. Le cavalier tient la femme de la
main droite par le corset, elle se soulève par un coup de genou donné sous le vertugadin.
"Néanmoins nos yeux s’y baissoyent un peu et mesmes quand on dansoit la volte, qui, en,
faisant voleter la robe, monstroit tousjours quelque chose agréable à la veue, dont j’en ay
veu plusieurs s’y perdre et s’en ravir entre eux-mesmes."
"car les sauts, les entrelassements, les desgagements, le port de la jarretière et la grace des
filles portoyent je ne sçay quelle lascivité mignarde, que je m’estonne que ceste danse n’a
esté pratiquée en nos Cours de notre temps."

Travail à faire :

- Recherche au CDI, définissez la volte et le branle.
- Mettre en relation « la pavane musicale » et le terme « se pavaner ».

Cahier de l’élève :

Répertorier le lexique employé dans les documents, à différentes époques.
Mettre en évidence les créations de grands couturiers de notre temps.