Publié : 26 août 2010
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3e - Art et mémoire (Arts du son)

Objectif : confronter les élèves avec une oeuvre « témoignage » d’un événement historique qui
affecte la mémoire collective et / ou individuelle de son compositeur.

ŒUVRE n°1 : « Quatuor pour la fin du temps » d’Olivier Messiaen

- Documentation permettant la réalisation de fiches ou documents divers pour les élèves :

Par son instrumentation, le Quatuor pour la fin du Temps se fait original (clarinette, violon, violoncelle et piano). Pourtant, cette instrumentation n’est pas fortuite : prisonnier de guerre en Allemagne en 1940/1941, Messiaen profite de la présence de trois autres musiciens : Jean le Boulaire (violon), Henri Akoka (clarinette) et Etienne Pasquier (violoncelle) pour élaborer cette oeuvre.

Genèse de l’oeuvre

Considéré à juste titre comme un des sommets de la musique de chambre du XXe siècle, le Quatuor
pour la fin du Temps a été écrit en 1941 dans des conditions de privation extrême. Dans un entretien
radiophonique avec Georges Nicholson à l’émission Les musiciens par eux-mêmes, entendue
en 1988 sur les ondes de la Chaîne culturelle de Radio-Canada, Messiaen raconte comment il a
commencé à écrire son quatuor, grâce à un officier allemand qui lui a fourni du papier à musique et
des crayons : « Il faut vous dire que se trouvaient, en même temps que moi, au même stalag, le
clarinettiste Henri Akoka, le violoniste Jean le Boulaire et le violoncelliste, très célèbre, très connu,
Étienne Pasquier, qui faisait partie du Trio Pasquier. Alors, j’ai écrit pour eux et pour moi-même, qui
devais tenir la partie de piano, ce quatuor pour violon, clarinette, violoncelle et piano. C’était les gens
que j’avais à côté de moi. Mais je l’ai écrit absolument sans instrument, n’ayant absolument aucun
moyen de vérification, uniquement par l’audition intérieure. Je suis très fier parce que je n’y ai rien
changé et je crois que c’était bien puisque je n’ai rien eu à changer. Mais je ne l’ai pas entendu, sauf
trois jours avant ma libération : les officiers allemands ont décidé, puisque j’avais fait cette œuvre en
captivité, qu’on allait la donner pour les camarades de captivité. Alors, on a réuni, dans un immense
bloc, malgré le froid intense et tout, on a réuni, je ne sais pas, moi ! 10 000 personnes de toutes les
classes de la société, des ouvriers, des prêtres, des médecins, des directeurs d’usine, des
professeurs de lycée, enfin des gens de tous genres et de tout poil, et on a donné pour eux ce
quatuor – très mal, c’était horrible. Moi, j’avais un piano droit dont les touches s’enfonçaient et ne
voulaient pas se relever. Quand j’avais fait un trille, il fallait que je reprenne les touches à la main pour
qu’elles remarchent. Le pauvre Akoka avait une clarinette dont une des clefs avait fondu à côté d’un
poêle, et le pauvre Pasquier jouait sur un violoncelle à trois cordes. Heureusement, il avait l’ut grave.
Sans cela il n’aurait pas pu jouer du tout. Eh bien ! Malgré ces circonstances abominables, nous
avons joué, et je ne sais pas si le public a compris, parce que ce n’était pas des connaisseurs en
musique, mais c’était des gens malheureux comme nous. Ils ont été tout de même touchés parce
qu’ils étaient malheureux et que nous étions aussi malheureux et que c’était une œuvre faite par un
compagnon de captivité, et ça a été, je crois, le plus beau concert de toute mon existence. »

Par Lucie Renaud / 1 avril 2002 dans La Scena Musicale, vol. 7 n°7 d’avril 2002

L’en-tête de la partition porte la citation suivante de l’Apocalypse de saint Jean : « Je vis un ange plein
de force, descendant du ciel, revêtu d’une nuée, ayant un arc-en-ciel sur la tête. Son visage était
comme le soleil, ses pieds comme des colonnes de feu. Il posa son pied droit sur la mer, son pied
gauche sur la terre, et, se tenant debout sur la mer et sur la terre, il leva la main vers le ciel et jura par
Celui qui vit dans les siècles des siècles, disant : Il n’y aura plus de Temps ; mais au jour de la
trompette du septième ange, le mystère de Dieu se consommera. »

L’œuvre comporte huit mouvements dont le cinquième et le huitième sont des « transcriptions »
d’œuvres composées avant son arrestation. Le quatuor intègre pour la première fois des thématiques
qui resteront propres à Messiaen (Couleur, chant des oiseaux, travail sur le rythme et foi chrétienne).

Comme le cite Lucie Renaud dans son article : « Le Quatuor pour la fin du Temps est la première
grande œuvre dont la couleur soit le sujet même. Messiaen avait connu de nombreuses expériences
de synopsie, un dysfonctionnement des nerfs optique et auditif par lequel les sons causent la
perception de couleur. Si plusieurs créateurs ont utilisé la mescaline pour induire artificiellement cette
forme de synesthésie, Messiaen a plutôt connu ces états hallucinatoires sous l’emprise du froid et de
la faim, alors qu’il était prisonnier des Allemands pendant la Deuxième Guerre mondiale au Stalag VIII
A, à Görlitz, en Silésie ».

Messiaen incorpore pour la première fois dans sa musique des chants d’oiseaux. « L’abîme des
oiseaux », troisième mouvement, confié à la clarinette, met en avant cette pensée qui deviendra
récurrente chez le compositeur. Nous citerons ici un autre extrait de l’article de Lucie Renaud :
« L’idéal de Messiaen pourrait se résumer ainsi : composer de la musique comme la Nature l’aurait
fait, sans intervention humaine. Les oiseaux, qu’il appelle « ses premiers et ses plus grands maîtres »
ou « nos petits serviteurs de l’immatérielle joie », ont toujours fasciné Messiaen. Après les avoir
étudiés auprès d’éminents ornithologues qui sont devenus ses amis, il reconnaît à l’oreille la plupart
des espèces qui vivent en France. On retrouve dans son œuvre plus de 300 chants d’oiseaux, dont
77 dans le seul Catalogue d’oiseaux. Le Quatuor pour la fin du Temps intègre pour la première fois à
son langage musical le chant des oiseaux, et ce, dès les premières mesures. Le troisième
mouvement, « Abîme des oiseaux », long solo de clarinette, reste un sommet du genre,
opposition entre l’abîme du temps et la vitalité d’oiseaux imaginaires ».

Sources :
- http://www.ars-classical.com/pageID_5138812.html
- Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen : luminosité intemporelle par Lucie Renaud / 1 avril 2002 dans La Scena Musicale vol 7 n°7 d’avril 2002.

- fiches de travail et d’analyse pour le professeur et les élèves

1. Document sur Messiaen (Source Wikipédia).
2. Analyse d’un extrait du quatuor (Début du second mouvement).

Pour cette analyse, nous travaillerons sur le second mouvement. Durée de l’audition environ 2’30.br>
Après une première audition et quelques remarques formulées par les élèves, nous pourrions poser
quelques questions plus précises :

Quels sont les instruments de ce quatuor ?
- Clarinette, violon, violoncelle et piano.

Pourquoi choisir des instruments aussi disparates ?
- Composé dans un camp, le compositeur a utilisé les ressources du terrain.

Combien y a t-il de parties dans cet extrait ?
- 2 (1ère pendant env. 0’50 puis une seconde partie).

  • a) Quel caractère (1ère partie) mélodique rythmique fort doux
    Quels instruments ? Tous.
    Quel « paysage » devine t-on dans la première partie ? (Laisser les mots des élèves s’exprimer comme bruits, disputes, danger, mouvement, colère, inquiétude etc.).
    Quel est le jeu de la clarinette ? Libre, rapide et chantant comme un chant d’oiseau.
    TRANSITION : gammes ascendantes des cordes puis trilles (violon, violoncelle et clarinette) enfin des accords dissonants descendants au piano.
  • b) Quel caractère (2ème partie) : mélodique rythmique fort doux.
    Quel instrument n’intervient pas ? La clarinette.
    Que joue le piano ? Des accords dissonants (dominante descendante).
    Quelle atmosphère se dégage ? (Laisser les mots des élèves s’exprimer comme flottant, nuageux, aérien, léger, suspens etc.).

3. Comment comprendre ces deux parties ? Une représentation de l’apocalypse (1ère partie) ou un
appel : « Je vis un ange plein de force, descendant du ciel, revêtu d’une nuée, ayant un arc-en-ciel
sur la tête » ? L’ange « se tenant debout sur la mer et sur la terre (…) leva la main vers le ciel (…)
disant : Il n’y aura plus de Temps » (2ème partie) ...

Fiche sur Olivier Messiaen (Exemple) :

Fiche suivante pour le travail des élèves :


Conclusion et remarques diverses :

ŒUVRE n°2 : « Thrène aux victimes d’Hiroshima » de Krzysztof Penderecki

- Documentation permettant la réalisation de fiches ou documents divers pour les élèves :

Cette œuvre a été composée en 1959 pour un ensemble à cordes de 52 musiciens : 24 violons, 10
altos, 10 violoncelles et 8 contrebasses. Le langage musical utilisé par Penderecki est ainsi décrit pas
Francis Bayer dans son ouvrage De Schoenberg à Cage, essai sur la notion d’espace sonore dans la
musique contemporaine
, édition Klincksieck, 1981, pages134 et135 : l’œuvre « repose très
précisément sur un jeu d’alternance entre continuité et discontinuité. On peut très schématiquement
diviser l’œuvre en cinq séquences successives qui s’enchaînent le plus souvent les unes aux autres
par tuilage » (...) « L’œuvre se termine par un cluster de cinquante deux sons qui ne dure pas moins
de trente secondes et constitue le bloc sonore le plus épais de toute la partition ».
« Le traitement de l’espace sonore… semble donc pouvoir être défini par une dialectique du continu et
du discontinu, du simultané et du successif (…) Il y a dans l’œuvre de Penderecki, comme dans
beaucoup d’autres œuvres symphoniques de compositeurs polonais contemporains (Serocki ou
Gorecki), une sorte d’évidence plastique de l’énoncé musical qui fait que les formes se spatialisent
concrètement devant nous ».

Pour aborder cette audition, nous devrons donc utiliser un vocabulaire nouveau pour les élèves :
- cluster
- nuage de sons
- glissando
- col legno
- vibrato pour l’utilisation des cordes.

  • Notion du temps musical strié ou lisse.
  • Dissonance, glissando, unisson, cluster etc.

- Fiche de travail et d’analyse pour le professeur et les élèves.

Un travail sur ce sujet, réalisé par Christophe Grossi, est disponible sur le site académique de Nice à
l’adresse suivante : http://www.ac-nice.fr/musique/coll/guerre/guerre.htm

Nous proposons, pour notre part, l’étude du début de l’œuvre (Durée = 2’45).

On distingue 6 parties selon le découpage temporel suivant : 1 = 0 à 0’45 ; 2 = 046 à 0’57 ; 3 = 0’58 à
1’49 ; 4 = 1’50 à 2’09 ; 5 = 2’10 à 2’41 ; 6 = 2’42 à 2’45 …

Le tableau distingue trois niveaux d’analyse : le jeu instrumental et l’espace sonore, l’intensité et l’effet
(tentative de description de la musique).

Les deux documents qui suivent sont conçus l’un pour le professeur, l’autre pour l’élève.
Les réponses
peuvent évoluer en fonction des critères d’approche de l’œuvre et du vocabulaire musical des élèves.

Fiche professeur :


Fiche élève :