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Publié : 26 août 2010

4e - Arts, ruptures et continuités (Arts du langage)

ŒUVRE : « Le dormeur du val » d’Arthur Rimbaud

Objectifs : Appréhender ce genre poétique à travers les siècles et illustrer la thématique rupture et continuité en étudiant l’évolution du lyrisme au XIXe comparativement aux
poèmes des siècles précédents : quelles différences et quelles ressemblances peut-on noter ? On étudiera ensuite XIXe avec le romantisme.

Liens avec les programmes : on trouve dans les programmes officiels le paragraphe
suivant au chapitre Lecture :
Poésie : le lyrisme
Le professeur fait lire des poèmes d’époques variées empruntés par exemple aux auteurs
suivants :

- Moyen Age : Rutebeuf, François Villon ;

- XVIe°siècle : Louise Labé, Joachim du Bellay, Pierre de Ronsard ;

- XIX° siècle : Marceline Desbordes-Valmore, Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Gérard
de Nerval, Alfred de Musset, Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Jules
Laforgue ;

- XXe et XXIe siècles : Charles Péguy, Anna de Noailles, Guillaume Apollinaire, Marie Noël,
Jules Supervielle, Paul Eluard, Louis Aragon, Georges Schéhadé, François Cheng.

Et celui-ci au chapitre Histoire des arts :
L’histoire des arts
Dans une perspective plus largement européenne, les thématiques « Arts, espace et temps » et « Arts, ruptures, continuités » constituent celles qui permettent le mieux d’aborder des mouvements artistiques et culturels des XVIIIe et XIXe siècles. Le retour à l’antique contraste avec les mouvements nouveaux et l’entrée dans l’âge de la modernité (romantisme, réalisme, impressionnisme). Le domaine « Arts du spectacle vivant » invite, quant à lui, à mettre l’accent sur les représentations de la société ou l’expression du moi.

1. Partir d’un groupement de textes qui empruntera des poèmes de différentes formes à
tous les siècles.

- François Villon, « Hé ! Dieu, si j’eusse étudié… », Le testament (1461)

- Joachim du Bellay, « Heureux qui comme Ulysse… »,

« Les Chants de l’innocence et de l’expérience » (1789-1793) furent réunis en un seul volume par William Blake et se répondent par leurs thèmes et leurs figures. Ils sont contemporains de la Révolution Française et l’une des innombrables interprétations de leurs chefs-d’œuvre poétiques veut classiquement voir dans le Tigre l’incarnation des idées révolutionnaires du poète radical. Il est aisé d’opposer Innocence et Expérience, Agneau christique et Tigre, enfance et maturité etc. Mais est-ce le propos de Blake ? Certes, tel est bien son projet annoncé. Mais l’œuvre mystérieuse du poète de Jérusalem ne saurait s’ouvrir par une si facile clé... Blake écrit pour un fantôme. Blake est habité par un double. Blake dessine, peint et compose sa foisonnante poésie pour dialoguer avec son frère Robert mort trop tôt.
Toute grande poésie a son interlocuteur secret. Toute parole est offertoire.

(Quatrième de couverture) : Editeur : Arfuyen Publication : 18/4/2002

Quelques textes sur l’innocence :

Le cœur innombrable

Anna de Noailles

La piste symbolique peut-être également suivie (Elle serait alors un lien précieux avec
l’œuvre musicale).
Voici une analyse trouvée sur le site suivant : http://www.bacdefrancais.net/dormeur.php.

Citée pour exemple, on pourrait insister sur la forme du poème, relativement traditionnelle :
le sonnet mais traité ici avec des images « symboliques » très fortes que l’on cherchera à
mettre en avant.

ANALYSE du Dormeur du val (octobre, 1870), « Le bateau ivre » de Rimbaud.

I – Rencontrer matériellement l’œuvre ou Découverte de l’œuvre

Lecture

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil de la montagne fière,
Luit ; C’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font plus frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud

II – Interroger l’œuvre sur différents plans

1. La Nature

La nature est omniprésente dans le poème, elle occupe intégralement le premier quatrain, et nous la retrouvons jusque dans le dernier tercet. Elle se caractérise par une impression de vie et de bonheur qui sollicite tous les sens. "Verdure" vers 1 est repris au vers 7 par "l’herbe" et au vers 8 par "vert".
Impression de luminosité avec "les haillons d’argent" vers 2 ; renforcée au vers 3 et vers 13
par le soleil et dont la luminosité est reprise au vers 4 "mousse de rayons" et vers 8 " lumière
qui pleut" : métaphore qui donne une matérialité à la lumière.
Nature très colorée : vers 9 "les glaïeuls", couleurs assez intenses. Personnification de la
rivière qui "chante" vers 1, animation.
Sur le plan olfactif, "parfums" vers 12, impression de bien-être et bonheur ; sur le plan
tactile, impression de fraîcheur, liquidité, vers 6 "et la nuque baignant dans le frais cresson
bleu".
Le mot "val" du titre est repris au vers 4, rivière dynamique ; impression d’exubérance, par
les deux enjambements des vers 1, 2,3. De plus cette nature est présentée comme douée de
sentiments, au vers 11 elle est personnifiée et présentée comme très maternelle "berce" : Alma
Mater.

2. L’homme

On remarque que le jeune homme est "dans" la nature. Nous le voyons aux vers 6, 8, 9,13,
avec le mot "dans", il est imbriqué dans cette nature. Nous savons à qui nous avons à faire,
sociologiquement c’est un soldat. Le jeune homme est jeune comme la nature. Il est présenté
dans un état d’abandon total : "bouche ouverte" vers 5, " sa nuque baignant" vers 6, " dort"
vers 7, inactivité encore répétée au vers 9 et 13 : insistance avec le titre du sonnet. Au vers 7,
il est "étendu", intensifie l’impression de confort ; vers 8 " un lit vert", la nature lui a construit
un lit.
Si on regarde d’un peu plus près, nous voyons qu’il paraît mort : vers 14 "deux trous rouges
sur le côté droit", + allitérations en "r".
À partir de ce moment nous basculons dans l’horreur, dénouement très brutal.

3. Aspects contradictoires

La mort est en fait omniprésente : vers 1 le mot "trou" fait écho avec le vers 14. L’adverbe
"follement" vers 2 signifie l’agitation de la rivière. Nous avons un côté glorieux avec l’argent,
mais en réalité les "haillons" vers 3, reflètent quelque chose de détruit. La "bouche ouverte"
est une caractérisation de la mort du soldat ; sa tête est nue car son casque a roulé par terre ;
"la nuque baignant" vers 6 signifie qu’elle baignait dans le sang, c’est à dire le sang sur
l’herbe : rouge du sang + vert de l’herbe = cresson bleu.
"Etendu" signifie un corps sans vie et le "lit" du vers 8 devient un lit de mort. Les glaïeuls
évoquent les fleurs que l’on posent sur une tombe => il a les pieds dans les glaïeuls. Plus rien
ne bouge, "la narine" et "la poitrine "ne réagissent plus. Il ne respire plus, il est donc mort.
Violence des allitérations dentales pour trancher cette jeune vie. Nous comprenons à ce
moment que le sommeil du dormeur était une image de mort.

Conclusion

Ce poème illustre des thèmes très chers à A. Rimbaud, à savoir le sens du tragique, de
l’existence et la mort. Son art s’illustre particulièrement avec les effets rythmiques brisés,
symboliques d’une vie brisée. Habileté par laquelle il nous met sur une fausse piste, tout en
nous laissant des indices, à la réelle interprétation du poème.

(Fin de l’article trouvé sur le site web)

Insister sur les aspects symboliques et inviter les élèves à les trouver.

L’enfance est un thème présent également dans ce poème de Rimbaud : on pourra ici rappeler
la jeunesse de l’auteur au moment de l’écriture de ce texte. Le symbolisme est également mis
en avant :

« Le bateau ivre », avec lequel l’adolescent se présenta aux cercles parisiens qu’il voulait impressionner, est une merveille d’ample orchestration et de virtuosité rythmique. D’emblée, le poète presque enfant surpasse, dans l’expert maniement de son symbole du bateau démarré parmi l’univers en furie, les symboles platement didactiques et gauchement soulignés dont Vigny et d’autres romantiques avaient usé. Douze fois ou davantage, le pronom « je » revient, souvent au début des strophes, désignant, dans une identification symbolique, l’esquif et l’enfant lui-même, ébloui d’abord par sa vision de « ce que l’homme a cru voir », affirmant la réalité de son expérience plus qu’humaine, et « rêvant la nuit verte » et les couleurs mouvantes prodiguées dans ce tableau « fauviste » : rouge rutilant, roux de pourriture, violet, glauque, brun, noir et vert. Bien peu de poésies symbolistes de 1885-1895 pourraient rivaliser avec le tragique aveu de lassitude des trois strophes finales ».

Extrait de « La littérature symboliste », Henri Peyre, édition presses universitaires de France,
collection Que sais-je ? page 33.

III – Des mots-clés pour caractériser l’œuvre

- Symbolisme/ symbole
- Sonnet
- Allitération

IV – Mise en réseau et exemples d’œuvres correspondant à un critère

V – Pistes de pratiques plastiques simples en lien avec l’œuvre

VI – Dispositifs pour situer l’œuvre dans un contexte historique, culturel, artistique

VII - Proposition de contenu pour le cahier personnel d’Histoire des Arts

- Tout en utilisant une forme ancienne de poésie, le sonnet, Arthur Rimbaud dépasse
cette forme notamment en utilisant des images symboliques.

Genre : Poésie
Titre : « Le dormeur du val » extrait du « Bateau ivre »
Auteur : Arthur Rimbaud (1854-1891)
Date : 1870
Technique : Sonnet