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Publié : 24 mars 2010
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Séquence pour une Terminale Littéraire :
"Arts, villes, politiques et sociétés"

La question abordée concerne l’ensemble commun obligatoire « Arts, villes, politiques et sociétés » et plus particulièrement l’entrée sur les politiques culturelles de 1945 à nos jours.

Elle s’étalera sur un trimestre à raison de deux heures par semaine.

Objectifs :
- Ouvrir les élèves à la vie culturelle contemporaine.
- Prendre en compte une discipline non étudiée dans leur parcours scolaire, le cirque, et percevoir les liens entre les différentes pratiques et productions artistiques.
- Identifier, à partir des œuvres étudiées, des moments clefs de l’histoire des arts du XXème siècle.
- Maîtriser le vocabulaire technique de base et la méthodologie d’analyse des œuvres propres à l’histoire des arts et aux grands domaines artistiques.
- Replacer les œuvres et les démarches artistiques dans le cadre d’une réflexion esthétique.
- Consolider les relations entre le lycée et un établissement culturel voisin, le cirque théâtre d’Elbeuf.

I. Un ministère pour la culture :

a. La constitution de 1946 souhaite garantir « l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture ». A voir avec le professeur d’histoire géographie.

Création du ministère de la culture sous la nouvelle République, par André Malraux, en 1959. Nouveaux équipements culturels : aide aux collectivités territoriales pour diffuser la culture vers le public le plus large, favoriser la qualité architecturale et entraîner un aménagement plus équitable du territoire.

  1. − 1959-1969, la période fondatrice. André Malraux souhaite la création d’une maison de la culture dans chaque département. La première est inaugurée au Havre dès 1961.
  2. − 1969-1981, la période de consolidation. Poursuite de la construction des maisons de la culture, des centres d’action culturelle, construction du centre Georges Pompidou.
  3. − 1981-1993, la relance de la politique culturelle. Plus de moyens donnés par l’Etat, rénovation des grands musées, bibliothèques municipales, et attention apportée aux cultures émergentes.
  4. − 1993-2009, les acteurs se diversifient, le rôle du ministère est moins prédominant. Les projets sont définis et financés avec les collectivités territoriales, les établissements publics, l’appel au mécénat.

b. Une politique culturelle musicale :

L’Etat intervient dans le secteur musical dès 1669, lorsque Louis XIV crée l’académie royale de musique...
- 1966 : création d’un « service de la musique » au sein de la direction générale des arts et des lettres. Création des structures professionnelles nécessaires à la vie musicale, renforcement du réseau d’enseignement, rénovation ou création d’orchestres et de théâtres lyriques régionaux, instauration de cellules administratives spécialisées dans le domaine musical dans les régions et les départements.
- 1982 : sous l’impulsion de Jack Lang, égalité des genres musicaux et « décloisonnement » des cultures : l’action de l’Etat s’ouvre ( la chanson, le rock, le jazz, les musiques traditionnelles ). Politique en faveur de l’enseignement du chant et de la pédagogie. Juin 1982 : Première Fête de la musique.
- Soutien aux initiatives locales et à la permanence artistique en régions : Formations symphoniques professionnelles de haut niveau reparties sur l’ensemble du territoire. Label « opéra national », conservatoires (régionaux, départementaux, communaux...), festivals variés, rencontres musiques / publics.
- Création de grandes institutions de référence nationale : L’IRCAM (1976), le CNSMD de Lyon (1980), le Centre de musique baroque de Versailles (1987), l’Opéra-Bastille (1989), le Zénith et le CNSMD de Paris à côté de La Villette, la Cité de la musique (1992) , l’Opéra-comique et la salle Pleyel (2005, 2006).
- Ouverture aux musiques actuelles, à partir de 1981 : Centre national des variétés. Partenariat avec les collectivités territoriales pour les musiques actuelles. Soutien aux festivals (Printemps de Bourges, Francofolies, Transmusicales), aux réseaux professionnels nationaux (Fédurock), aux actions de portée nationales tels l’Orchestre national de Jazz, le Hall de la chanson. Politique en faveur des industries musicales : loi sur les quotas de chanson française en 1995, plan de relance de la filière phonographique.
- Les conditions du développement de la « musique de demain » : Aide aux compositeurs contemporains : dispositif des commandes musicales de l’Etat. Ensembles musicaux professionnels pris en charge par les D.R.A.C. Formation des musiciens inscrite dans le paysage européen. Meilleure répartition de l’offre de formation sur le territoire, diplômes professionnels d’interprètes s’insérant dans le schéma universitaire. Nouveaux publics attendus dans des salles plus polyvalentes ( Philharmonie de Paris ).

c. Les Commandes d’Etat :

Elles ont pour rôle de soutenir la création et d’apporter une aide directe aux compositeurs, de contribuer à l’existence d’une création musicale contemporaine par un soutien financier direct, d’améliorer les conditions de travail du compositeur et de favoriser la rencontre entre les différents acteurs de la création musicale, apporter aux compositeurs une reconnaissance, et favoriser une répartition équilibrée sur le territoire des projets aidés. Les premières commandes d’état datent de la Libération.
Au cours des années 50, les commandes étaient attribuées sur simple décision administrative et sans consultation d’experts extérieurs à l’administration. Institutionnalisation de la procédure dans les années 1960, nombre croissant et régulier de commandes chaque année, et mise en place d’une commission de professionnels. En 1990, procédure ouverte au jazz, musiques traditionnelles, spectacles pluridisciplinaires (chorégraphique, cinématographique et dramatique), aussi bien qu’à des musiques à destination des amateurs, du chant choral, de la pédagogie et plus récemment de la chanson et des installations sonores.
La commission : un président, six compositeurs, deux diffuseurs, deux interprètes et trois inspecteurs de la musique. Elle est partiellement modifiée selon les demandes étudiées, de façon à pouvoir y adjoindre les compétences particulières requises. Les membres sont renouvelés chaque année et leur nom tenu secret jusqu’à la commission. Vote à bulletin secret. La commission a lieu une fois par an.

II. Histoire d’une troupe : « Le cirque Plume »

C’est en 1979 que les artistes se rencontrent. En 1984, Bernard Kudlak crée le « Cirque Plume », et bénéficie du soutien du Conseil Régional de Franche Comté, puis la compagnie amateur gagne la reconnaissance du public, et de l’Etat, qui s’investit par le biais des structures locales qu’il a mises en place.

a. Spectacles :

  1. 1986 : festival "off" d’Avignon - entrée dans le cercle des compagnies professionnelles.
  2. 1988 "Spectacle de Cirque et de Merveilles", en France, Tunisie, Maroc, Belgique et Suisse.
  3. 1989 : "Le jongleur de l’arc-en-ciel" : "Grand prix national du cirque 90" par le Ministère de la Culture.
  4. 1990 : "No Animo Mas Anima" à Paris, au Parc de La Villette.
  5. 1993 :"Toiles". A partir de ce spectacle, les festivals européens ouvrent leurs portes.
  6. 1996 : « L’harmonie est-elle municipale ? », sous un chapiteau de 1000 places, prototype original.
  7. 2001 : « Mélanges (opéra plume) » tournées en France, à Madrid, à New York.
  8. 2002 : « Récréation » créé à Besançon pendant « 1,2,3 Cirque » manifestation phare de "L’année du Cirque", une opération nationale à l’initiative du Ministère de la Culture.
  9. 2004 - 2008 : « Plic Ploc » en tournée, en France, au Brésil, en Finlande. 395.000 spectateurs.
  10. 2009 - 2010  : « L’atelier du peintre ».

b. Fonctionnement de la troupe, financements :

Au début, la moitié de la troupe a deux métiers pour vivre. Les artistes font tout eux-mêmes (producteurs, éclairagistes, metteurs en scène, musiciens, artistes de cirque...). L’achat de gros matériel est possible en 1986. Administrativement, les formules correspondent à la réalité de chacun jusqu’à l’embauche d’un administrateur en 1988. Les payes deviennent enfin régulières et Robert Miny écrit des musiques originales pour les spectacles.
Première reconnaissance de l’Etat en 1990 : ils font partie du conseil d’administration de l’Association Nationale de Développement des Arts du Cirque (A.N.D.A.C.), l’Etat aide un peu plus financièrement, la ville de Besançon et le département du Doubs aussi. Ces subventions représentent 15% du budget. La compagnie est gérée par une société, dont les associés sont 8 des fondateurs.
« No Animo Mas anima » génère plus de dépenses que de recettes mais une commande du Palais Omnisports de Paris Bercy rend les emprunts possibles. Pour « Toiles », B. Kudlak obtient une bourse de la "Fondation Beaumarchais", et la musique de R. Miny fait l’objet d’une commande d’Etat. « Récréation » reprend des créations antérieures à cause d’un manque d’argent pour un nouveau spectacle.
Actuellement, la compagnie s’autofinance à hauteur de 84 %. L’Etat ne s’est vraiment investit que lorsque la troupe a été reconnue. Son soutien reste indirect par le biais des D.R.A.C, Conseils Généraux et Régionaux, et scènes nationales. Quelques aides directes existent malgré tout : aide à la création du Ministère de la Culture, soutien de tournées à l’étranger avec la convention CULTURESFRANCE.

c. Une rencontre  :

Artistiquement, on note un éloignement du cirque traditionnel qui servait de base aux premiers spectacles, affirmation d’un style. Mélange de tous les publics, malgré une exigence artistique sans concession. La musique a toujours eu une place très importante dans cet esprit d’éducation populaire.
En 2001, rencontre avec Raoult Lay et l’Ensemble Télémaque, et mise en scène de « Variété », spectacle alliant cirque et musique contemporaine sur une partition de Mauricio Kagel, commande d’Etat de 1976. L’Etat est partie prenante dans cette nouvelle production par le biais de la Cité de la musique qui produit ce spectacle. En 2002, « Variété » ouvre le festival international de musique de Besançon.

III. Une commande d’état : « Variété », de Mauricio Kagel.

a. L’oeuvre :

« Variété » est un morceau de concert pour six musiciens, composé en 1977. C’est une commande du Secrétariat d’État à la Culture, créée à Metz, lors des rencontres internationales de musique contemporaine. Suivent treize autres représentations en Europe. Une nouvelle version naît en 2001, produite par la Cité de la musique, suite à la rencontre de Raoul Lay avec le « Cirque plume ».
Analyse : Genre : Musique de chambre - sextuor : accordéon, clarinette, trompette, violoncelle, percussions, piano et un ou plusieurs acrobates. - La musique et le cirque, deux actes qui se déroulent en temps réel. Prise de risque engagée par l’acteur. - Rapports entre les instruments. « Dans le premier numéro, les interprètes sont à la recherche (...) d’un thème musical qui justifie l’accompagnement vide qu’ils ont mis en place. » C. Cazaban. Chaque instrument semble fonctionner indépendamment, chacun dans un cadre, avec son histoire propre. - Harmonie non marquée, doute majeur / mineur. - Quels sont les éléments nouveaux, quels éléments relèvent d’un style antérieur ? - Repères rythmiques ? Caractéristiques de registres ? - Rapports entre la musique et la scène avec les acrobates ? Existe-t-il ? Est-il nécessaire ?
« Par respect pour la tradition il reste encore un chef avec une baguette, ou alors c’est nécessaire, ou alors il n’est là que pour faire rigoler les acrobates... » B.Kudlak.

b. Une nouvelle pensée musicale :

L’oeuvre de Kagel est étendue et variée : compositions instrumentales, nombreuses œuvres scéniques, films et pièces radiophoniques. Il s’incrit dans la mouvance des années 1950 qui met à plat de la notion d’objet sonore avec la musique concrète. Kagel va profiter de l’élargissement des possibilités acoustiques offertes par les concerts de Cage notamment, avec des oeuvres ouvertes, et l’utilisation de l’aspect performatif dans la musique.
En 1959, « Sur scène » fait de lui une autorité dans le paysage de la création musicale européenne et l’encourage à mettre l’accent sur le théâtre instrumental. « Ludwig Van » , « Staatstheater » ou encore « Acustica » soulignent son invention dans les genres de la scène, du concert, du cinéma et de la radio. Les gestes sont « producteurs » de musique chez Kagel, il brise les conventions et les habitudes auditives. L’esprit théâtral et l’humour restent toujours sous-jacents, le concert devient un « théâtre instrumental ».

Les procédés visuels et la théâtralité, l’humour et le geste, apparaissent comme l’aboutissement d’une pensée musicale profonde. Un geste ou une situation cocasses vont ainsi créer un temps différent : « Kagel […] essaye, à l’aide d’une structure musicale, d’organiser musicalement des éléments qui ne sont pas obligatoirement musicaux – comme par exemple des éléments vécus ». Boulez.

« Je ne crois pas que le nouveau soit une négation de l’ancien, mais au contraire une accentuation des possibilités de formuler à nouveau des aspects inconnus de ce qui est connu. En d’autres termes : la musique “nouvelle” n’est pas nouvelle parce qu’elle est écrite aujourd’hui, mais parce qu’elle fait entendre des aspects nouveaux d’une dimension “musique” qui en soi reste toujours la même .  » Kagel.

C’est donc bien dans une volonté de contribuer à l’existence d’une création musicale contemporaine que s’inscrit cette commande de l’Etat, soutenant une nouvelle forme de concert et d’exécution des pièces en privilégiant de nouveaux paramètres : la scène, le mouvement et le geste, l’interprète devenant acteur, et enfin, la relation avec le public. L’Etat soutiendra indirectement la deuxième version par le biais de la Cité de la musique, qui favorisera la rencontre entre différents acteurs de la création en produisant le spectacle réunissant l’Ensemble Télémaque et la mise en scène de Bernard Kudlak autour de l’oeuvre de Kagel.

Présentations d’élèves :

Par petit groupes, les élèves devront présenter, avec support visuel et auditif, au choix :
- Une autre commande d’Etat, (par exemple la musique du spectacle « Toiles » de Robert Miny et chercher les éventuels rapports avec les musiques de cirque traditionnelles).
− Une autre oeuvre de Mauricio Kagel. Propositions : « Acustica », « Sur scène », « Staatstheater », « OberlinPercussion », « Dressur », « Exotica », « Eine Brise ».

Sorties / visites / rencontres / stages :

  1. «  L’atelier du peintre », Cirque Plume, Mai 2010 au cirque théâtre d’Elbeuf. Rencontre avec le metteur en scène et le compositeur.
  2. Visite du cirque théâtre d’Elbeuf, (avec le professeur d’Arts plastiques) : les nouveaux choix architecturaux : seul cirque a posséder une piste circulaire et une scène à l’Italienne. Voir les parties classées aux Monuments historiques qu’il a fallu conserver telles quelles.
  3. L’histoire du lieu (à voir avec le professeur d’histoire) : Symbole de la réussite de la ville (industrie textile). Multiples fonctions du lieu : matches de boxe, catch, cinéma, salle de spectacle, de concert, de gymnastique, bourse du travail. Illustration des stratifications sociales en fonction des places. Naissance de l’association « Cirque théâtre d’Elbeuf » fin 2000.
  4. Réhabilitation en Etablissement public de coopération culturelle. Les partenaires : Communauté d’agglomérations Elbeuf boucle de Seine, Conseil Général et Régional, ministère des affaires culturelles, D.R.A.C. Etude de la mission générale de l’établissement : politique artistique, contraintes de programmation, missions relatives aux publics et à l’éducation artistique et culturelle. Mise en place des stages cette année, autour du « corps et de la voix », pour un travail des élèves avec deux professionnelles.

Sources :

Dossier « Musique et cirque », Arts de la piste. Article de Pierre Notte.

Mauricio Kagel, Tam-Tam, édité par Jean-Jacques Nattiez, Paris, Christian Bourgois, 1983.

Costin Cazaban, Bernard Kudlak, articles du programme du spectacle « Variété », Cité de la Musique.

Petites histoires du cirque-théâtre d’Elbeuf. L’esprit d’un lieu. B. Lefèvre – M. Sizorn.

Sites officiels :

www.50ans.culture.fr

brahms.ircam.fr/composers/composer/1786

www.cirqueplume.com