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Publié : 17 juin 2015
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C comme Cadre / Cadrer / Cadrage

Cadre / Cadrer / Cadrage

Cadrer c’est choisir ce qui entrera ou non dans l’image en déterminant ses limites : son cadre. Le cadrage en est le résultat : il correspond à la manière dont l’image est cadrée. D’abord usité en photographie et en cinéma, ce terme s’emploie, par analogie, à la peinture, au dessin…

Arts plastiques

- Quel autre sens pour cadre ?

Le cadre est une sorte de bordure que l’on ajoute à une œuvre en deux dimensions. Il a deux fonctions. Sa première fonction est d’assurer une protection à l’œuvre, sa deuxième fonction est de jouer un rôle esthétique dans la mesure où il offre une transition entre l’œuvre et son environnement, l’isole du monde « réel ».

- Quel rapport le cadre entretient-il avec l’œuvre ?

Élément « étranger » à celle-ci, il peut néanmoins participer à mettre en place l’espace pictural, établir des liens iconographiques ou plastiques.

Michel-Ange, La Sainte Famille à la tribune, peinture sur bois, 120 cm de diamètre,
vers 1506, Galerie des Offices, Florence.

Louis Welden HAWKINS, Séverine, 1895, huile sur toile, 77x 55 cm,
Musée d’Orsay, Paris.

Pere BORELL DEL CASO, Escapando de la crítica, 1874, huile sur toile,
Banco de Espana, Madrid.


Pere BORELL DEL CASO joue avec les limites du tableau en réalisant un trompe-l’œil. Ici, le cadre n’est plus un « élément étranger », il est totalement intégré à l’œuvre en étant peint. Le personnage sort du cadre et c’est l’espace pictural qui déborde.

Robert MORRIS, Hypnerotomachia-psychomachia, 1983-1984, bronze,
3 cadres,environ 120 x 110 cm, collection Giuliano Gori.


Robert MORRIS réalise une série d’œuvres où l’absence d’image renvoie le regard du spectateur sur d’étranges cadres sculptés.
L’œuvre est alors « déplacée » dans cet espace transitionnel qu’est le cadre. Celui-ci devient œuvre et objet de questionnement.

Winsor McCAY, Little Sammy Sneeze, bande dessinée, publiée entre 1904 et 1906 dans le New York Herald.

Ici, le cadre, joue avec le récit illustré. En interagissant avec le personnage, il devient un élément à part entière de l’histoire. Ce qui permet à l’auteur d’interroger l’espace narratif et spatial de la bande dessinée : la case.

- Quel rôle cadre et cadrage jouent-ils avec le contenu iconographique ou dans un récit illustré ?

La manière dont une image est cadrée peut accompagner le sens d’un récit que celle-ci illustre. La sortie d’image est un moyen d’expression graphique très efficace pour suggérer notamment un mouvement ou dissocier deux espaces.
Dans l’enluminure médiévale ou la bande dessinée, les personnages et les animaux sont régulièrement entraînés hors des limites du cadre. Le cadre est alors transgressé et les marges sont exploitées pour les besoins du récit. Elles représentent des espaces plus ou moins lointains et deviennent des lieux d’action au même titre que les cases successives du récit.

Commentaires de Beatus sur l’Apocalypse, XIIe siècle, manuscrit, Paris, BNF, Départements des manuscrits.


Le dragon, chassé par la lance de l’ange, fuit hors du cadre.

Des Femmes illustres de Boccace, fin du XVe siècle, manuscrit, Paris, BNF, Départements des manuscrits.


Pour donner l’illusion d’un mouvement, l’auteur a décentré la barque en la représentant aux deux tiers de sa longueur. Avec cette partie hors champ, nous comprenons que les personnages se déplacent dans le paysage.

Cinéma

- Que montrer ?

Au cinéma, le cadre désigne le rectangle qui délimite l’image. On appelle « champ » ce qui est à l’intérieur de ce cadre.
Le travail sur le cadre est porteur de sens : il peut être fermé, comme chez Friedrich Wilhelm Murnau ou Fritz Lang, il reflète alors la vision pessimiste de l’expressionnisme, vision tragique, fatale de la destinée du héros, de l’homme. À l’inverse, le cadre peut être ouvert, à l’instar de celui choisi par Jean Renoir dans La Règle du Jeu (1939) : les personnages ne cessent d’entrer, sortir du cadre en un ballet vertigineux, ou comme chez Ernst Lubistch dans To be or not to be (1942), qui joue lui aussi à faire virevolter ses acteurs dans l’espace du cadre, symbole ici d’une vision plus aérienne, plus légère et joyeuse de la vie.

Jean RENOIR, La règle du jeu, 1939


On parle de « champ-contrechamp » quand on filme l’un après l’autre deux personnages, discutant par exemple. Cette technique peut être basique, neutre, ou à l’inverse avoir un sens très marqué. Ainsi, dans Dead Man Walking (Tim Robbins, 1995), cette technique permet d’insister sur la distance qui, au début du film, sépare sœur Helen de Matthew Poncelet, condamné à mort pour deux crimes atroces. Mais lorsque leur relation évolue vers plus de compréhension mutuelle, le champ-contrechamp se fera plus rare, au profit de la réunion des deux personnages dans le même cadre.

Tim ROBBINS, Dead man walking, 1995


Le hors-champ, ce qui n’est pas dans le cadre, ce que le réalisateur choisit de ne pas montrer est aussi à étudier : l’invisible est important !
Ainsi, dans Elephant (2003), Gus Van Sant laisse hors-champ la plupart des victimes du massacre, mais le spectateur perçoit d’autant plus leur présence, via les sons et les corps amoncelés qu’il imagine. Ce procédé illustre aussi l’état d’esprit du jeune tueur : ses victimes ne sont rien.

Gus VAN SANT, Elephant, 2003


Ce que l’on voit à l’arrière-plan, la profondeur de champ est également à observer. Par exemple, dans Les Sentiers de la Gloire (Stanley Kubrick, 1957), le général, au premier plan, est systématiquement le dos tourné, alors que passent derrière lui les soldats blessés, réalité qu’il refuse de voir. Ou bien, dans Elephant encore, tandis que le premier plan nous montre les deux adolescents en train de regarder des images d’un discours d’Hitler à la télévision, la profondeur de champ nous laisse voir le camion de livraison qui apporte les armes qu’ils ont commandées pour leur futur massacre...