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Publié : 14 juin 2015
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A comme Autportrait/autobiographie

Autoportrait/autobiographie

Pourquoi un artiste éprouve‐t‐il le besoin de se représenter ?

- Lutter contre l’oubli ; entretenir le souvenir ; faire revivre des moments et des êtres perdus, avec toute la difficulté à rendre par des mots des sensations et des sentiments révolus. C’est ce problème que se pose Nathalie Sarraute dans l’extrait suivant. C’est tout l’enjeu du « pacte autobiographique » : le lecteur doit pouvoir compter sur la sincérité de l’écrivain pour adhérer à son propos.

« Je regardais les espaliers en fleurs le long du petit mur de briques roses, les arbres fleuris, la pelouse d’un vert étincelant jonchée de pâquerettes, de pétales blancs et roses, le ciel, bien sûr, était bleu, et l’air semblait vibrer légèrement… et à ce moment-là, c’est venu… quelque chose d’unique… qui ne reviendra plus jamais de cette façon, une sensation d’une telle violence qu’encore maintenant, après tant de temps écoulé, quand, amoindrie, en partie effacée elle me revient, j’éprouve… mais quoi ? quel mot peut s’en saisir ? pas le mot à tout dire : "bonheur", qui se présente le premier, non, pas lui … "félicité", "exaltation", sont trop laids, qu’ils n’y touchent pas… et "extase"… comme devant ce mot ce qui est là se rétracte… "Joie", oui, peut-être… ce petit mot modeste, tout simple, peut effleurer sans grand danger… mais il n’est pas capable de recueillir ce qui m’emplit, me déborde, s’épand, va se perdre, se fondre dans les briques roses, les espaliers en fleurs, la pelouse, les pétales roses et blancs, l’air qui vibre parcouru de tremblements à peine perceptibles, d’ondes… des ondes de vie, de vie tout court, quel autre mot ?… »

Nathalie SARRAUTE, Enfance, 1985, Gallimard.




- Ecrire sur le vif pour se soulager, pour exprimer ses sentiments sous la forme d’un journal par exemple, comme le Journal d’Anne Frank. Elle l’a écrit, deux ans durant, alors qu’elle vivait cachée avec sa famille et des amis dans un logement minuscule au-dessus de l’entreprise qui avait appartenu à son père, à Amsterdam, pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Pays-Bas étaient alors sous occupation allemande, et les Nazis envoyaient tous les Juifs en déportation. Il était difficile de vivre totalement reclus, en particulier pour une adolescente : elle a choisi de se confier à son journal intime, qu’elle a prénommé « Kitty ». Ce journal a été interrompu par l’arrestation d’Anne et de la famille Frank. C’est son père, seul survivant, qui fera publier les écrits de sa fille à son retour des camps.

- Éprouver une nécessité de témoigner pour l’Histoire, de se représenter dans l’Histoire :

Otto DIX, Autoportrait en soldat, 1914,
huile sur papier, 68 x 53,5 cm, Kunstmuseum Stuttgart.




- Laisser une trace ; construire son image pour la postérité.

Salvador DALI, Autoportrait mou avec du lard grillé,
1941, 61 x 51 cm, Théâtre-Musée Dali, Figueras.



"Toute mon adolescence, j’ai pris le vice de considérer que je pouvais tout me permettre par le seul fait que je m’appelais Salvador Dali. Depuis, et durant tout le reste de ma vie - j’ai continué à me comporter de la même façon et ça m’a réussi"


Salvador Dali cité par Pascal Bonafoux


- Se justifier aux yeux des autres et à ses propres yeux ; se donner une raison de vivre :

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait, à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais. Chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’amour et vous avez sur vous de la documentation. Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. Malheureusement pour moi, je me connais en vrais diamants. »

Romain GARY, La Promesse de l’aube, 1960, Gallimard.




- Vouloir se connaître ; entamer une réflexion sur soi ; être en quête d’identité :

Frida Kahlo, artiste mexicaine (1907-1954), a subi un terrible accident à 18 ans et son œuvre est marquée par une réflexion sur son corps, qu’elle souhaite reconstruire et peut-être se réapproprier par l’art. C’est alitée qu’elle a peint un certain nombre de ses œuvres.

Frida Kahlo peignant Mes Grands-parents, mes parents et moi, arbre généalogique, photographie noir et blanc, vers 1936.

Frida KAHLO, La Colonne brisée, 1944,
huile sur toile, 40 x 34 cm, Musée de Mexico.